الإثنين , 20 نوفمبر, 2017
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Le statut des femmes au sein des mouvements islamistes Marocains : Entre exégèse au féminin et participation politique. Cas des

La problématique principale examinée dans le cadre de ce travail est la suivante : Peut-on concevoir un processus d’émancipation féminine au sein des mouvements islamistes ? Et afin de répondre à cette question, l’étude s’est intéressée aux femmes appartenant aux deux grandes tendances islamistes au Maroc: le parti du PJD (Parti de la Justice et du Développement) avec son aile religieuse le MUR (le Mouvement de l’Unification et de la Réforme) d’une part et le mouvement d’Al Adl Wal Ihssane d’autre part. L’étude considère les femmes islamistes comme étant des protagonistes du changement tant au sein de la société qu’au sein de leurs propres mouvements. De ce fait, je les ai interrogées et j’ai prêté attention aux conditions de la naissance de leur action tout en essayant de comprendre leurs stratégies de changement ainsi que leurs conceptions, ce qui constitue un pôle de recherche peu exploré jusqu’alors.

Parmi les principaux résultats qui ont découlé de cette recherche figurent les suivants :

La trajectoire des femmes islamistes au sein de leurs mouvements n’était pas constante et monotone. Celles-ci ne constituaient pas continuellement l’élément soumis à l’homme et toujours obéissant et non conflictuel. En effet, leur parcours est marqué par de fortes interactions ainsi que par une mobilité très visible que l’on touche d’ailleurs sur les plans suivants :

– Les domaines de leur action se sont élargis en ne se limitant plus à la formation étroitement religieuse.

– L’élargissement de ces domaines va de pair avec une plus ample ouverture sur l’espace public.

– Le statut des femmes dirigeantes de l’action féminine islamiste débuta aux niveaux scolaires, estudiantins ou celui de femmes au foyer pour ensuite évoluer vers un statut social de femmes cadre, hautement instruites, disposant d’un emploi et faisant carrière.

Par ailleurs, l’analyse de l’évolution de l’action féminine au sein des deux mouvements confirme l’hypothèse selon laquelle l’on ne peut pas étudier les femmes islamistes comme étant un bloc monolithique. L’évolution de leur action met en évidence plusieurs divergences à commencer par les circonstances de la naissance de cette action, ses fondements théoriques ainsi que les stratégies des femmes et leurs choix: la conception des voies de l’«émancipation» féminine ainsi que les stratégies «féministes» ne sont pas identique chez les militantes des deux mouvements.

De leur côté, les femmes d’Al Adl Wal Ihssane adoptent, essentiellement, l’exégèse ou la réinterprétation féminine des textes religieux. Elles développent une approche qui tente de combiner une conscience religieuse avec une conscience «féministe» qui se désigne comme principaux ennemis : le machisme et l’autocratie. Leur diagnostic de la question féminine dénonce une discrimination qui atteint la femme musulmane depuis des siècles. Cela dit, l’Islam est conçu en tant que religion libératrice, c’est plutôt la jurisprudence, considérée comme une construction culturelle et humaine, qui consolide la misogynie ainsi que l’autocratie jugée, elle-même, à l’origine de la subordination des femmes. Leur critique de la jurisprudence classique a initié un projet collectif d’ijtihad (l’effort de réinterprétation et de re-contextualisation des textes religieux) qui consiste, entre autres, à redéfinir des concepts longtemps étaient utilisés comme « alibis » pour marginaliser les femmes. Ainsi, elles ont pu revisiter les questions de mixité, des rapports de pouvoir entre les hommes et les femmes, d’adhésion des femmes aux hautes instances politiques et militantes… Cette dynamique féminine a été certes encouragée par la pensée d’Abdessalam Yassine, fondateur du mouvement d’Al Adl Wal Ihssane, qui la défend clairement dans sa théorie. Toutefois, ladite dynamique se confronte à de fortes résistances masculines internes qui entravent son avancée dans la pratique.

Quant aux femmes appartenant au MUR/PJD, elles établissent un diagnostic de la condition féminine qui montre leur refus de toute focalisation sur les droits des femmes au détriment de ceux de la famille, tendance qu’elles attribuent souvent aux féministes. De surcroît, leur diagnostic établit une liaison étroite entre la question féminine et la dépravation morale considérée en tant qu’un problème qui touche à la femme et menace la famille ainsi que la société. Concernant leurs stratégies, elles minimisent l’impact de l’effort intellectuel dans le cadre de la question féminine sans toutefois nier son intérêt: elles misent, plutôt, sur l’action de terrain. C’est dans ce cadre, d’ailleurs, que s’inscrivent leurs interactions avec le «mouvement féministe» concernant les différentes réformes du code du statut personnel. Par ailleurs, le champ d’action privilégié par les femmes appartenant au MUR/PJD demeure l’associatif, c’est au sein de ce cadre que s’expriment le plus leurs choix et leurs positions concernant la question féminine. En effet, l’action associative a eu le mérite de les déplacer d’un cadre interne enfermé à un cadre ouvert sur les questions féminines. Outre ce champ d’action, l’une de leurs stratégies les plus importants reste la participation politique à travers laquelle elles tentent de promouvoir le modèle de la femme musulmane éduquée et « émancipée ».

J’avais conclu que grâce à leurs conceptions et stratégies, les femmes islamistes sont en train de se frayer une voie vers l’émancipation qui puise dans le registre religieux et qu’elles promouvront leurs mouvements vers la modernité. Notamment grâce aux intersections que leur nouveau discours crée avec les valeurs modernes: la destruction des dichotomies islamisme/ féminisme, modernité/ traditionnalisme… Je pense, par ailleurs, que si ces stratégies et dynamiques ne trouvent pas leur chemin au sein des mouvements islamistes, les femmes réaliseront les mêmes projets loin de leurs organisations. En plus, je considère que les stratégies des femmes, objet de mon étude, comme d’ailleurs celles de plusieurs femmes islamistes/islamiques à travers le monde, entament, de fait, un chemin distinct vers l’émancipation féminine. J’estime, de même, que le féminisme gagnera à les considérer comme une force de contribution et de proposition. En somme, quoiqu’il s’agisse de ce que j’ai appelé une conception «différente» de l’émancipation, cette conception a été, néanmoins, incitée par un ensemble d’interactions avec l’Occident et ses valeurs.

- Merieme YAFOUT

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