{"id":1688,"date":"2011-03-05T10:55:13","date_gmt":"2011-03-05T09:55:13","guid":{"rendered":"http:\/\/ribatalkoutoub.com\/?p=1688"},"modified":"2016-03-10T22:31:44","modified_gmt":"2016-03-10T21:31:44","slug":"les-trois-ecritures","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/?p=1688","title":{"rendered":"Les trois \u00e9critures"},"content":{"rendered":"<div class=\"spip_small\" dir=\"ltr\" style=\"text-align: justify; color: #292929; font-weight: bold;\">.Herrenschmidt (C.),\u00a0<strong class=\"spip\">Les trois \u00e9critures : langue, nombre, code<\/strong>, \u00c9ditions Gallimard, 2007<\/div>\n<div dir=\"ltr\" style=\"text-align: justify; color: #292929;\">\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">,Madame le Professeur, chers coll\u00e8gues et \u00e9tudiants, Mesdames et Messieurs<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">Je tiens d\u2019abord \u00e0 souhaiter la bienvenue \u00e0 Mme Clarisse Herrenschmidt qui nous fait l\u2019honneur et le plaisir de visiter l\u2019Universit\u00e9 de F\u00e8s. Je la<a href=\"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/LesTroisEcritures.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-thumbnail wp-image-1690\" src=\"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/LesTroisEcritures-150x150.jpg\" alt=\"LesTroisEcritures\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/LesTroisEcritures-150x150.jpg 150w, https:\/\/ribatalkoutoub.com\/wp-content\/uploads\/2014\/05\/LesTroisEcritures-55x55.jpg 55w\" sizes=\"auto, (max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a> remercie aussi pour les conf\u00e9rences et s\u00e9minaires remarquables qu\u2019elle a bien voulu donner au profit de nous tous, \u00e9tudiants et enseignants-chercheurs. Je remercie \u00e9galement mes coll\u00e8gues et amis qui ont organis\u00e9 cette rencontre avec Mme Herrenschmidt de m\u2019avoir invit\u00e9 \u00e0 y participer.<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">Je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que, faute de temps, je n\u2019ai pas pu lire les deux ouvrages1 de Mme Herrenschmidt int\u00e9gralement. Mes coll\u00e8gues organisateurs m\u2019avaient d\u2019abord parl\u00e9 d\u2019une table ronde autour du livre collectif dont Mme Herrenschmidt est co-auteur avec Jean Bott\u00e9ro et Jean-Pierre Vernant, (&#8220;L\u2019orient ancien et nous&#8221;), \u00e0 l\u2018occasion de la sortie de sa traduction par nos coll\u00e8gues Hamid Guessous et Azzedine El Khattabi2. C\u2019est seulement plus tard, il y\u2019a une quinzaine de jours, qu\u2019on m\u2019a pr\u00e9cis\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une table ronde autour de deux ouvrages de Mme Herrenschmidt, et que m\u00eame, on me sugg\u00e9rerait de concentrer ma lecture sur le second ouvrage, &#8220;les trois \u00e9critures: langue, nombre, code&#8221;, surtout dans sa partie traitant de l\u2019informatique et d\u2019internet, \u00e9tant donn\u00e9 que je m\u2019int\u00e9ressais plus ou moins \u00e0 ces questions. C\u2019\u00e9tait sans compter avec la curiosit\u00e9 du lecteur et surtout avec l\u2019attrait de cette th\u00e8se puissante que porte le livre. Je me suis donc vu, insensiblement plong\u00e9 dans la lecture des deux premi\u00e8res parties, et, finalement, oblig\u00e9 de survoler la partie consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019informatique et \u00e0 internet, puisque c\u2019\u00e9tait la derni\u00e8re partie. J\u2019en demande pardon \u00e0 tout le monde, mais je ne le regrette pas, parce qu\u2019il m\u2019est paru tr\u00e8s vite que l\u2019ouvrage \u00e9tait d\u2019abord une th\u00e8se, bien qu\u2019en principe, chaque chapitre puisse \u00eatre lu \u00e0 part, \u00e9tant donn\u00e9 que la plupart des chapitres sont \u00e0 l\u2019origine des articles, des \u00e9tudes, qui ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment publi\u00e9s dans des revues, ou dans l\u2019ouvrage collectif &#8220;L\u2019orient ancien et nous&#8221;; l\u2019auteur, s\u2019en explique, d\u2019ailleurs, dans la postface \u00e0 la fin de son ouvrage.<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">Ce que j\u2019ai pu lire de l\u2019ouvrage et ce dont je vais essayer de parler ici, c\u2019est donc la th\u00e8se qu\u2019il sous-tend et qui, pour moi, fait son importance majeure. Je me risque donc \u00e0 vous proposer une grille de lecture assez personnelle, peut-\u00eatre trop na\u00efve ou trop h\u00e2tive, s\u00fbrement incompl\u00e8te. Il s\u2019agit surtout de poser quelques questions qui me vinrent \u00e0 l\u2019esprit en lisant ce travail brillant et suggestif. Mme Herrenschmidt \u00e9tant pr\u00e9sente, heureusement, pourra apporter les corrections n\u00e9cessaires \u00e0 la formulation de ces questions ainsi que peut-\u00eatre des r\u00e9ponses.<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">L\u2019ouvrage de Clarisse Herrenschmidt est un livre puissant, dis-je, brillant et \u00e0 la fois d\u00e9routant, l\u2019un pouvant expliquer l\u2019autre. Il est brillant surtout par la th\u00e8se qu\u2019il d\u00e9fend, mais aussi par cette multidisciplinarit\u00e9 qui caract\u00e9rise son approche: ce n\u2019est pas un livre d\u2019histoire pure, du moins pas seulement, ni peut-\u00eatre m\u00eame essentiellement. Il est aussi \u0153uvre d\u2019anthropologie, de linguistique, de philologie, de s\u00e9miologie historique, d\u2019histoire des sciences, et d\u2019\u00e9lamologie, etc., voire d\u2019informatique et de t\u00e9l\u00e9informatique. L\u2019auteur, sp\u00e9cialiste d\u2019abord de l\u2019\u00e9criture \u00e9lamite (Iran ancien), est aussi hell\u00e9niste, s\u00e9miologue, linguiste, anthropologue, et j\u2019en oublie assur\u00e9ment. Cette multidisciplinarit\u00e9 \u00e0 elle seule aurait suffi \u00e0 nous impressionner; Il s\u2019y ajoute ce qui m\u2019impressionne personnellement, cette fa\u00e7on admirable de fondre tous ces acquis en une pens\u00e9e transdisciplinaire qui lui est propre et qu\u2019elle met en \u0153uvre pour analyser (d\u00e9cortiquer) les probl\u00e8mes sp\u00e9cifiques \u00e0 chaque discipline. Elle nous offre ainsi une belle illustration du degr\u00e9 d\u2019&#8221;int\u00e9gration&#8221; bien r\u00e9el de ce qu\u2019on appelle les Sciences humaines avec leur \u00e9pist\u00e9mologie.<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">Ouvrage brillant, en troisi\u00e8me lieu, par le caract\u00e8re p\u00e9dagogique, le style clair et les raccourcis brillants qui l\u2019\u00e9maillent et qui en font un livre qui se laisse lire facilement et avec grand plaisir. L\u2019auteur, pour nous rapprocher de certains ph\u00e9nom\u00e8nes assez compliqu\u00e9s, n\u2019utilise presque jamais la &#8220;langue herm\u00e9tique&#8221; des sp\u00e9cialistes, mais invente un langage subtilement simplifi\u00e9 sans sacrifier pour autant \u00e0 la rigueur scientifique n\u00e9cessaire \u00e0 toute d\u00e9monstration. C\u2019est \u00e0 la fois une somme de connaissances et un produit de r\u00e9flexion qui sous-tend chacun des chapitres et l\u2019ensemble de l\u2019ouvrage (la th\u00e8se).<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">Quelle est donc la th\u00e8se de l\u2019auteur? Elle consiste en un r\u00e9examen de l\u2019\u00e9volution des trois \u00e9critures: langue, nombre, code en la r\u00e9sumant en trois cycles qu\u2019elle appelle fort joliment &#8220;\u00e9cheveaux s\u00e9miologiques&#8221;. Chaque &#8220;\u00e9cheveau&#8221; subit une &#8220;torsion&#8221;, sorte de moment fort dans l\u2019\u00e9volution de cette \u00e9criture, qui signifie \u00e0 la fois: conservation des exp\u00e9riences pr\u00e9c\u00e9dentes, leur d\u00e9passement, et l\u2019ouverture vers des exp\u00e9rimentations futures, bien que mineures. Cette notion de torsion est, \u00e0 mon avis, capitale, si l\u2019on veut bien comprendre et discuter l\u2019id\u00e9e globale de l\u2019auteur sur ces trois cycles s\u00e9miologiques.<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">Le premier &#8220;\u00e9cheveau s\u00e9miologique&#8221; concerne l\u2019\u00e9criture des langues, ce qui va grosso modo de 3300 environ \u00e0 750 avant J.C. Il subit une &#8220;torsion&#8221; qui se situe lors de la cr\u00e9ation de l\u2019alphabet consonantique, soit vers le milieu du second mill\u00e9naire avant J. C. (l\u2019auteur ne pr\u00e9cise pas beaucoup cette date, et parle du II\u00e8me mill\u00e9naire, pour marquer sans doute les diff\u00e9rents apports des peuples Nord-s\u00e9mitiques \u00e0 l\u2019invention de l\u2019alphabet consonantique).<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">Le second &#8220;\u00e9cheveau&#8221; concerne l\u2019\u00e9criture des nombres ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment ce que l\u2019auteur appelle l\u2019\u00e9criture mon\u00e9taire arithm\u00e9tique. Il commence avec l\u2019invention de la monnaie frapp\u00e9e en Ionie vers 620 av. J.C., subit une &#8220;torsion&#8221; avec l\u2019introduction en Europe des chiffres &#8220;indo-arabes&#8221;, dont le z\u00e9ro et la num\u00e9ration par position (au X\u00e8me si\u00e8cle, environ). La fin de ce cycle est marqu\u00e9e par la d\u00e9cision du Pr\u00e9sident am\u00e9ricain Nixon, en 1971, d\u2019abandonner la parit\u00e9 \u00e0 l\u2019or du dollar am\u00e9ricain.<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">Le troisi\u00e8me et dernier &#8220;\u00e9cheveau&#8221; est celui de l\u2019\u00e9criture informatique et t\u00e9l\u00e9informatique, c\u2019est-\u00e0-dire les codes des langages informatiques et r\u00e9ticulaires. Le d\u00e9part peut \u00eatre situ\u00e9 entre 1936 et 1948 avec les d\u00e9buts du langage binaire et des premiers &#8220;computers&#8221;; la &#8220;torsion&#8221; de cet \u00e9cheveau s\u00e9miologique n\u2019est pas encore tr\u00e8s apparente, et bien entendu, son ultime d\u00e9veloppement est encore inconnu.<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">Cette s\u00e9miologie des \u00e9critures se trouve mat\u00e9rialis\u00e9e en quelque sorte par des repr\u00e9sentations d\u2019organes du corps humain: la bulle-enveloppe \u00e0 calculi des premiers inventeurs de l\u2019\u00e9criture (\u00e0 Suse et \u00e0 Sumer vers -3200) repr\u00e9senterait la bouche; le globule, pi\u00e8ce de monnaie frapp\u00e9e en \u00e9lectrum ou en argent en Ionie et ensuite en Gr\u00e8ce, et portant l\u2019\u00e9criture mon\u00e9taire arithm\u00e9tique symboliserait l\u2019\u0153il, donc la vision et la lumi\u00e8re; l\u2019ordinateur, lui, est souvent per\u00e7u comme un cerveau\u2026<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">Voil\u00e0, grosso modo, les trois cycles, car il s\u2019agit aussi de cycles. Si on veut \u00e9valuer la dur\u00e9e de chacun, ce que l\u2019auteur elle-m\u00eame fait, on remarquera avec \u00e9tonnement que les deux premiers cycles ont une dur\u00e9e presque identique: 26si\u00e8cles \u00e0 peu pr\u00e8s: pour le premier (3300-750 = 2550), pour le second (620-1971 =2591). Le 3\u00e8me ne fait que commencer. L\u2019auteur note cette analogie \u00e9vidente sans pour autant vouloir en tirer une quelconque loi d\u2019\u00e9volution, bien s\u00fbr ; mais nous partagerons volontiers son \u00e9tonnement devant cette concordance frappante et myst\u00e9rieuse. Magie du chiffre, encore\u2026<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">Devant ce sch\u00e9ma trilogique presque parfait, tr\u00e8s bien document\u00e9 et argument\u00e9, jusqu\u2019aux moindres d\u00e9tails, tr\u00e8s clair, jusqu\u2019\u00e0 friser parfois la d\u00e9marche p\u00e9dagogique, on ne peut s\u2019emp\u00eacher de partager la r\u00e9flexion de l\u2019auteur, de se poser quelques questions, d\u2019\u00e9mettre quelques petites remarques, non point pour pr\u00e9ciser des d\u00e9tails, mais pour pouvoir appr\u00e9cier ce travail de synth\u00e8se et en tirer pleinement profit. L\u2019auteur elle-m\u00eame, nous y invite et y tient sans doute, en nous proposant une grille de lecture de son ouvrage dans l\u2019introduction et dans les paragraphes introductifs des trois parties de l\u2019ouvrage. On ne va donc pas se priver de se poser ces questions, de les poser \u00e0 Mme Clarisse, en esp\u00e9rant ne pas \u00eatre dans la position du non-sp\u00e9cialiste curieux de choses parfaitement \u00e9tablies par le sp\u00e9cialiste ou d\u2019agacer celui-ci par des questions compl\u00e8tement \u00e0 c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">\u00a0 Premi\u00e8re remarque, banale en somme, mais demandant quand-m\u00eame confirmation, est que cette histoire s\u00e9miologique int\u00e9resse avant tout l\u2019\u00e9volution du monde occidental. L\u2019accent est volontairement mis sur l\u2019apport occidental: la Gr\u00e8ce pour l\u2019Antiquit\u00e9 (aboutissement du 1er \u00e9cheveau s\u00e9miologique [750] et d\u00e9part du second [620]) et sur l\u2019Occident en g\u00e9n\u00e9ral (aboutissement du second \u00e9cheveau [1971] et d\u00e9part du 3\u00e8me [1936]). L\u2019apport des autres peuples est soit ignor\u00e9 (la Chine, mais l\u2019auteur s\u2019en explique en introduction), soit en quelque sorte, minimis\u00e9, sauf pour les premiers inventeurs de l\u2019\u00e9criture. On peut peut-\u00eatre s\u2019\u00e9tonner de ne pas voir le nom des Ph\u00e9niciens cit\u00e9 dans la table des mati\u00e8res, eux auxquels on attribue sinon l\u2019invention de l\u2019alphabet, du moins son am\u00e9lioration et l\u2019expansion de son utilisation dans une grande partie du monde antique, y compris la Gr\u00e8ce? De m\u00eame pour les chiffres &#8220;indo-arabes&#8221; qui, nous a-t-on appris \u00e0 l\u2019\u00e9cole, ont r\u00e9volutionn\u00e9 les m\u00e9thodes de num\u00e9ration et de calcul, ouvrant par l\u00e0 des horizons nouveaux vers l\u2019usage des algorithmes (dont l\u2019appellation m\u00eame provient justement du nom d\u2019Al Khawarizmi un math\u00e9maticien d\u2019expression arabe, que l\u2019auteur cite en note) et d\u2019autres sciences math\u00e9matiques. Seule exception, mais notable et justifi\u00e9e par les besoins d\u2019analyse de l\u2019auteur, est la place relativement importante r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00e9breu et \u00e0 la Thora dans les chapitres IV et V. Mais l\u2019auteur s\u2019en explique (je cite): \u00abOn ne lira pourtant pas dans les pages qui suivent toute cette longue aventure, mais seulement quelques lignes sur la politique linguistique et graphique d\u2019Isra\u00ebl. Cet exemple, choisi \u00e0 dessein comme crucial, montre \u00e0 quel point l\u2019\u00e9criture v\u00e9hicule de l\u2019inertie\u00bb (p. 13). Le caract\u00e8re &#8220;crucial&#8221; de cet exemple risque toutefois peut-\u00eatre d\u2019\u00e9chapper \u00e0 un non-isra\u00e9lien. Mais la d\u00e9marche reste tr\u00e8s bonne pour analyser, par exemple, l\u2019histoire de la langue amazighe avec son \u00e9criture red\u00e9couverte ou r\u00e9invent\u00e9e. Il me semble donc que cette histoire s\u00e9miologique risque d\u2019\u00eatre per\u00e7ue comme s\u2019inscrivant dans l\u2019optique de la globalisation et la confortant. Je ne dis ni ne crois que Mme Herrenschmidt l\u2019ait \u00e9crite dans cette optique, mais ne risque-t-elle pas de se pr\u00e9senter ainsi \u00e0 un lecteur non-occidental?<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">\u00a0 Ma 2\u00e8me remarque concerne cette tr\u00e8s belle image d\u2019\u00e9cheveaux et de torsions qu\u2019ils subissent \u00e0 certain point de leur parcours. Je la formulerai en quatre points:<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">\u2022 L\u2019alphabet consonantique serait-il seulement une torsion de ce premier \u00e9cheveau s\u00e9miologique de l\u2019\u00e9criture des langues? oui, dans une optique occidentale selon laquelle l\u2019alphabet grec est l\u2019&#8221;alphabet complet&#8221; qui note aussi bien les consonnes que les voyelles. Mais ne serait-ce pas l\u00e0, comme le dit l\u2019auteur elle-m\u00eame une adaptation particuli\u00e8re des langues occidentales de l\u2019alphabet consonantique dont usaient des peuples s\u00e9mites qui n\u2019\u00e9prouvaient pas (et n\u2019\u00e9prouvent toujours pas) la n\u00e9cessit\u00e9 de transcrire les syllabes? D\u2019autre part, les alphabets &#8220;complets&#8221; \u00e9prouvent toujours le besoin de noter les accents, de combiner aussi les voyelles pour rendre des son plus appuy\u00e9s (ou, eu, au, etc.). L\u2019\u00e9criture phon\u00e9tique serait-elle une solution pour \u00e9crire tous les sons de toutes les langues? Dans un certain sens, et si l\u2019on consid\u00e8re que l\u2019extr\u00eame simplification est l\u2019ultime r\u00e9sultat du processus d\u2019\u00e9volution d\u2019une \u00e9criture, l\u2019alphabet consonantique, qui ne note que les consonnes ne serait-il pas l\u2019aboutissement de l\u2019\u00e9volution simplificatrice, plut\u00f4t que l\u2019alphabet complet qui s\u2019&#8221;encombre encore&#8221; des voyelles?<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">\u2022 Le d\u00e9part du cycle s\u00e9miologique 2 concernant l\u2019\u00e9criture des nombres repose sur deux facteurs de nature (a priori) assez diff\u00e9rente: la monnaie et les nombres, d\u2019o\u00f9 l\u2019appellation de nombre mon\u00e9taire arithm\u00e9tique. Il se justifie d\u2019abord, par la vulgarisation des chiffres gr\u00e2ce \u00e0 la circulation des pi\u00e8ces de monnaie. S\u2019ensuivirent tous les d\u00e9veloppements post\u00e9rieurs, des sciences, math\u00e9matiques notamment. Mais l\u2019on sait, d\u2019une part que la graphie des chiffres d\u00e9bute bien avant la monnaie frapp\u00e9e, puisqu\u2019elle figure sur les bulles-enveloppes de Suse, et d\u2019autre part que les d\u00e9veloppements d\u00e9cisifs des sciences math\u00e9matiques ne furent possibles en Europe qu\u2019apr\u00e8s l\u2019introduction des chiffres &#8220;indo-arabes&#8221; apr\u00e8s le 10\u00e8me si\u00e8cle (13\u00e8me si\u00e8cle?). Ce lien crucial entre monnaie frapp\u00e9e et \u00e9criture des nombres peut sembler un peu trop &#8220;construit&#8221;. L\u2019aboutissement de ce cycle est situ\u00e9 par l\u2019auteur en 1971, avec la d\u00e9cision du Pr\u00e9sident Nixon d\u2019abandonner la parit\u00e9 \u00e0 l\u2019or du dollar am\u00e9ricain, et par la suite des monnaies europ\u00e9ennes. Si c\u2019est une date essentielle dans l\u2019histoire de la monnaie, quel impact a-t-elle eu sur l\u2019histoire de l\u2019\u00e9criture des nombres?<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">\u2022 Le 3\u00e8me \u00e9cheveau s\u00e9miologique, celui du code informatique et r\u00e9ticulaire d\u00e9bute en 1936 avec la table de Turing, qui est une machine en papier th\u00e9oriquement capable d\u2019ex\u00e9cuter un programme de calculs; il se continue ensuite par la construction du premier ordinateur en 1948 et enfin (provisoirement) par l\u2019invention des r\u00e9seaux en 1969. Le langage binaire est \u00e0 la base du code informatique (langage-machine), mais aussi, le hardware, c\u2019est-\u00e0-dire la machine elle-m\u00eame, avec ses organes mat\u00e9riels (barrettes-m\u00e9moire, processeurs, imprimantes, etc.) qui interpr\u00e8tent ce code et le renvoient \u00e0 l\u2019utilisateur sous forme de lettres, images statiques, vid\u00e9os, sons, etc. Cette r\u00e9volution est-elle due \u00e0 l\u2019\u00e9lectronique d\u2019abord ou bien au code binaire? les deux n\u2019ont-ils pas commenc\u00e9 bien avant 1936?<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">\u2022 Enfin, cette s\u00e9miologie historique a tout l\u2019air d\u2019une v\u00e9ritable p\u00e9riodisation de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, et comme toutes les p\u00e9riodisations, elle a le m\u00e9rite de rendre claires certaines c\u00e9sures dans le d\u00e9veloppement historique, mais en m\u00eame temps, elle risque, comme toutes les p\u00e9riodisations peut-\u00eatre, de masquer les continuit\u00e9s non moins importantes. Je pr\u00e9f\u00e8re quant \u00e0 moi cette autre image que Mme Herrenschmidt utilise aussi: celles de &#8220;fleuve de signes&#8221;, fleuve dont l\u2019eau ne s\u2019arr\u00eate pas de changer. En effet, les \u00e9cheveaux s\u00e9miologiques subissent-ils chacun une seule torsion, ou bien plusieurs? Ces \u00e9cheveaux sont-ils chronologiquement successifs ou bien contemporains? Un \u00e9cheveau est-il fait de brins de m\u00eame couleur ou bien de toutes les couleurs des signes?<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">Voil\u00e0 quelques unes des questions qui me sont venues \u00e0 l\u2019esprit en lisant cet ouvrage brillant et stimulant de Clarisse Herrenshmidt. Je la remercie encore une fois d\u2019avoir bien voulu nous honorer de sa pr\u00e9sence et d\u2019avoir accept\u00e9 d\u2019animer ce d\u00e9bat autour de ses publications.<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">Je vous remercie.<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">Notes<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">1- Herrenschmidt (C.),\u00a0<strong class=\"spip\">Les trois \u00e9critures : langue, nombre, code<\/strong>, \u00c9ditions Gallimard, 2007.<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">Herrenschmidt (C.), en collaboration avec Bott\u00e9ro (J.) et Vernant (J.-P.),<strong class=\"spip\">L\u2019Orient ancien et nous: L\u2019\u00c9criture, la raison, les dieux<\/strong>, Paris: Albin Michel, 1996.<\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"text-align: left;\">2-\u00a0<strong class=\"spip\">\u0627\u0644\u0634\u0631\u0642 \u0627\u0644\u0642\u062f\u064a\u0645 \u0648\u0646\u062d\u0646: \u0627\u0644\u0643\u062a\u0627\u0628\u0629\u060c \u0627\u0644\u0639\u0642\u0644\u060c \u0627\u0644\u0622\u0644\u0647\u0629<\/strong>\u060c \u062a\u0631\u062c\u0645\u0629 \u062d\u0645\u064a\u062f \u062c\u0633\u0648\u0633 \u0648\u0639\u0632 \u0627\u0644\u062f\u064a\u0646 \u0627\u0644\u062e\u0637\u0627\u0628\u064a\u060c \u062f\u0627\u0631 \u0627\u0644\u0645\u062f\u0649\u060c \u062f\u0645\u0634\u0642\u060c 2007.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>.Herrenschmidt (C.),\u00a0Les trois \u00e9critures : langue, nombre, code, \u00c9ditions Gallimard, 2007 ,Madame le Professeur, chers coll\u00e8gues et \u00e9tudiants, Mesdames et Messieurs Je tiens d\u2019abord \u00e0 souhaiter la bienvenue \u00e0 Mme Clarisse Herrenschmidt qui nous fait l\u2019honneur et le plaisir de visiter l\u2019Universit\u00e9 de F\u00e8s. Je la remercie aussi pour les conf\u00e9rences et s\u00e9minaires remarquables qu\u2019elle &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":149,"featured_media":1690,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[395],"tags":[],"class_list":["post-1688","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","","category-395"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1688","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/149"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1688"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1688\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1690"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1688"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1688"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1688"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}