{"id":1931,"date":"2015-03-08T23:34:06","date_gmt":"2015-03-08T22:34:06","guid":{"rendered":"http:\/\/ribatalkoutoub.com\/?p=1931"},"modified":"2016-03-11T11:43:10","modified_gmt":"2016-03-11T10:43:10","slug":"hommage-a-abdelkader-zghal-sociologue-des-mutations-5-avril-1931-22-fevrier-2015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/?p=1931","title":{"rendered":"Hommage \u00e0 Abdelkader Zghal, sociologue des mutations (5 avril 1931 &#8211; 22 f\u00e9vrier 2015)"},"content":{"rendered":"<p dir=\"ltr\"><a href=\"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/Zghal_Abdelkader.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-1932 \" src=\"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/Zghal_Abdelkader-224x300.jpg\" alt=\"Zghal_Abdelkader\" width=\"218\" height=\"292\" srcset=\"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/Zghal_Abdelkader-224x300.jpg 224w, https:\/\/ribatalkoutoub.com\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/Zghal_Abdelkader.jpg 425w\" sizes=\"auto, (max-width: 218px) 100vw, 218px\" \/><br \/>\n<\/a><\/p>\n<p dir=\"ltr\">Abdelkader Zghal vient de nous quitter, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 84 ans environ. Sa disparition constitue une perte pour les sciences sociales du Maghreb et du Moyen-Orient d\u2019autant que sa carri\u00e8re de chercheur s\u2019\u00e9tale sur plus d\u2019un demi-si\u00e8cle d\u2019investigations, empiriques et th\u00e9oriques, effectu\u00e9es pour l\u2019essentiel au sein du CERES (Centre d\u2019\u00e9tudes et de recherches \u00e9conomiques et sociales) o\u00f9 il \u00e9tait, avant son d\u00e9part \u00e0 la retraite, directeur du d\u00e9partement de sociologie.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Ce qui le distinguait \u00e9tait \u00e0 la fois une d\u00e9marche analytique tourn\u00e9e vers les d\u00e9bats scientifiques, une capacit\u00e9 d\u2019\u00e9coute de l\u2019Autre et l\u2019usage continuel des mots d\u2019esprit. Il proposait, avec acuit\u00e9, finesse et distanciation, des r\u00e9ponses aux questions fondamentales pos\u00e9es, du d\u00e9but des ann\u00e9es 1960 jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980, au sein de la \u00ab\u00a0Revue Tunisienne des Sciences Sociales\u00a0\u00bb (RTSS), quand le CERES \u00e9tait \u00e0 la pointe de la recherche pluridisciplinaire (sociologie, psychologie, \u00e9conomie, histoire, d\u00e9mographie et linguistique).<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Durant cette p\u00e9riode, les d\u00e9bats de soci\u00e9t\u00e9 et de recherche portaient, tour \u00e0 tour, sur la paysannerie et la s\u00e9dentarisation, le syst\u00e8me coop\u00e9ratif et la r\u00e9forme agraire, le nationalisme et la construction de l\u2019Etat, la m\u00e9moire nationale, la jeunesse, le f\u00e9minisme, la violence et l\u2019islamisme.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">La trame de fond \u00e9tait constitu\u00e9e par les rapports entre Etat, Histoire et soci\u00e9t\u00e9 per\u00e7us dans une perspective sociologique ax\u00e9e sur les mutations qui affectent les relations sociales et culturelles, en propulsant les dynamiques de changement, au travers du processus de modernisation \u00e9tatique et des mouvements sociaux structur\u00e9s par le politique et l\u2019id\u00e9ologique. Il en \u00e9tait ainsi, selon les contextes historiques, du nationalisme puis du f\u00e9minisme et enfin de l\u2019islamisme qui se sont relay\u00e9s ici, comme dans le reste du monde musulman, selon des logiques de continuit\u00e9 et de rupture.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Le propre des mutations sociales et historiques est de drainer des changements en profondeur, selon des rythmes rapides et acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s. Tel fut le cas de la Tunisie contemporaine qui connut, en un laps de temps relativement court, correspondant \u00e0 une ou deux g\u00e9n\u00e9rations, des transformations substantielles de ses structures d\u00e9mographiques, familiales, \u00e9ducatives, \u00e9conomiques et culturelles.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Interpell\u00e9 en tant que sociologue, Zghal prenait soin d\u2019ajuster ses angles d\u2019analyse et de s\u00e9lectionner ses outils en vue de trouver la posture appropri\u00e9e permettant de comprendre et d\u2019expliquer les ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9tudi\u00e9s. Il n\u2019\u00e9tait pas prisonnier d\u2019une th\u00e9orie pr\u00e9cise, malgr\u00e9 l\u2019attrait qu\u2019il eut pour les approches de Marx et de Gramsci, puis de Weber et, plus tard, de Habermas.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Zghal avait l\u2019avantage de partir des situations v\u00e9cues pour examiner la pertinence des constructions th\u00e9oriques, sans jamais perdre de vue la distinction entre \u00ab\u00a0objet de d\u00e9sir\u00a0\u00bb\u00a0 et \u00ab\u00a0objet de recherche scientifique\u00a0\u00bb, selon sa propre distinction.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Chercheur du d\u00e9but \u00e0 la fin de sa carri\u00e8re professionnelle qui s\u2019est prolong\u00e9e jusqu\u2019aux derniers jours, fid\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame, sans avoir c\u00e9d\u00e9 \u00e0 devenir \u00ab\u00a0homme public\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0intellectuel organique\u00a0\u00bb, il tenait \u00e0 sa vocation de chercheur qui est devenue, au fil du temps, sa mani\u00e8re de faire et d\u2019\u00eatre, son ethos et son style de vie.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">C\u2019est de la sorte qu\u2019il joua, comme en t\u00e9moignent ses nombreuses contributions scientifiques, un r\u00f4le de pionnier dans l\u2019\u00e9mergence de la sociologie tunisienne et maghr\u00e9bine. En assumant successivement les fonctions de pr\u00e9sident de l\u2019Association de sociologie et de l\u2019Association d\u2019anthropologie sociale et culturelle, il ne cessait de dialoguer avec les diff\u00e9rentes g\u00e9n\u00e9rations, avec modestie et esprit d\u2019ouverture. Son entr\u00e9e \u00e0 l\u2019Association arabe de sociologie lui permit d\u2019\u00e9largir ses horizons qui \u00e9taient, en r\u00e9alit\u00e9, universels.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">La fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la vocation de chercheur mise au-dessus de toute autre passion ne l\u2019emp\u00eachait pas de d\u00e9fendre des positions ou de s\u2019engager politiquement. S\u2019il fut le premier secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du syndicat de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, il n\u2019h\u00e9sita point d\u2019adh\u00e9rer r\u00e9cemment au mouvement de Nida Tounes, \u00ab\u00a0pour ne pas mourir idiot\u00a0\u00bb disait-il, dans une lettre adress\u00e9e au Journal \u00ab\u00a0Le Maghreb\u00a0\u00bb, en pr\u00e9cisant qu\u2019il ne voulait pas que son petit-fils vive sous le r\u00e8gne des islamistes.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Zghal continua de travailler jusqu\u2019\u00e0 la fin de ses jours, en \u00e9vacuant l\u2019id\u00e9e de la mort dont il ne parlait jamais malgr\u00e9 la maladie qui le rongeait de l\u2019int\u00e9rieur. Son principal souci exprim\u00e9 lors des derni\u00e8res rencontres \u00e9tait de lancer un nouveau programme de recherche ax\u00e9 sur la naissance d\u2019un nouvel ordre politique et les transformations affectant les principales structures d\u2019appartenance et d\u2019affiliation\u00a0: la Centrale syndicale, Nida Tounes, Ennahda et les organisations f\u00e9ministes\u00a0: \u00ab\u00a0le d\u00e9bat public interne, disait-il, est d\u2019une grande richesse\u00a0pour la recherche en sciences sociales\u00bb.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Par le biais de ce programme, il cherchait \u00e0 poser les \u00ab\u00a0bonnes questions\u00a0\u00bb, \u00e0 partir d\u2019hypoth\u00e8ses audacieuses et de cadres d\u2019interpr\u00e9tation novateurs dans la mesure o\u00f9 nous vivons, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, une situation in\u00e9dite et que les instruments des sciences sociales forg\u00e9s aux XIX\u00e8me et XX\u00e8me si\u00e8cles sont souvent inaptes de rendre compte des nouvelles dynamiques soci\u00e9tales.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Parmi les hypoth\u00e8ses audacieuses, Zghal osait comparer les islamistes aux Perspectivistes de l\u2019extr\u00eame-gauche et les d\u00e9put\u00e9s voil\u00e9es d\u2019Ennahda aux militantes noires am\u00e9ricaines des ann\u00e9es 1960. Auparavant, en adoptant la d\u00e9marche comparative qui est la d\u00e9marche sociologique par excellence, il situa la trajectoire politique de la Tunisie, \u00ab\u00a0la derni\u00e8re r\u00e9publique civile du monde arabe\u00a0\u00bb, entre le Mexique et la Turquie, entre le parti h\u00e9g\u00e9monique et l\u2019arm\u00e9e la\u00efque. Pour les cadres d\u2019interpr\u00e9tation, il adoptait le paradigme des sph\u00e8res publiques qu\u2019il ne cessait de modifier en fonction des donn\u00e9es du terrain. C\u2019est pour cela qu\u2019il introduisit, dans le d\u00e9bat politique tunisien, la notion de \u00ab\u00a0compromis historique\u00a0\u00bb en l\u2019articulant \u00e0 la probl\u00e9matique de la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb pour penser le processus historique enclench\u00e9 par \u00ab\u00a0le dialogue national\u00a0\u00bb qui permit l\u2019alternance au pouvoir et la fin de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie islamiste.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">C\u00f4t\u00e9 jardin de la recherche, le rendez-vous quotidien avait pour cadre le Caf\u00e9 Safsaf et parfois en contre-bas de ce lieu populaire, l\u00e0 o\u00f9 il aimait siroter un th\u00e9 \u00e0 la menthe et commenter les nouvelles avec un esprit d\u2019humour qui accompagnait constamment ses propos tenus en compagnie des habitu\u00e9s ou des amis de passage.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Deux semaines avant son d\u00e9part, Si Abdelkader voulait, en \u00ab\u00a0bon vivant\u00a0\u00bb, r\u00e9unir ses proches, autour d\u2019une table, \u00e0 la Goulette, pour festoyer en toute convivialit\u00e9. Par cet art de l\u2019\u00e9change intellectuel et humain qu\u2019il pratiquait au quotidien, il se pla\u00e7ait de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du monde de la vanit\u00e9. Que son \u00e2me repose en paix.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Abdelkader Zghal vient de nous quitter, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 84 ans environ. Sa disparition constitue une perte pour les sciences sociales du Maghreb et du Moyen-Orient d\u2019autant que sa carri\u00e8re de chercheur s\u2019\u00e9tale sur plus d\u2019un demi-si\u00e8cle d\u2019investigations, empiriques et th\u00e9oriques, effectu\u00e9es pour l\u2019essentiel au sein du CERES (Centre d\u2019\u00e9tudes et de recherches \u00e9conomiques et &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":163,"featured_media":1932,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[396],"tags":[],"class_list":["post-1931","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","","category-396"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1931","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/163"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1931"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1931\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1932"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1931"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1931"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1931"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}