{"id":1945,"date":"2015-03-12T11:01:53","date_gmt":"2015-03-12T10:01:53","guid":{"rendered":"http:\/\/ribatalkoutoub.com\/?p=1945"},"modified":"2015-03-12T11:03:50","modified_gmt":"2015-03-12T10:03:50","slug":"le-supporterisme-dans-la-ville","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/?p=1945","title":{"rendered":"Le supporterisme dans la ville"},"content":{"rendered":"<p dir=\"ltr\">Abderrahim Bourkia,\u00a0 <em>Aspects de la violence urbaine. Du supporterisme dans la ville<\/em>, th\u00e8se de doctorat en Sciences Sociales, sous la direction de\u00a0 Hassan Rachik, Facult\u00e9 des Lettres et des Sciences Humaines A\u00efn Chok \u2013 Universit\u00e9 Hassan II, Casablanca, 2015.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Le <strong>supporterisme<\/strong> dans le football au Maroc contemporain est une action collective dont la composante la plus importante et la plus repr\u00e9sentative r\u00e9side dans les mouvements des ultras et des groupes des supporters. Ce type particulier d&#8217;action traduit l&#8217;engagement et l&#8217;adh\u00e9sion des jeunes marocains en g\u00e9n\u00e9ral et des casablancais en particulier dans leur soutien \u00e0 un club de football et la valorisation de celui-ci et au groupe auquel ils appartiennent.\u00a0 Ce ph\u00e9nom\u00e8ne du supporterisme dans son apparence organis\u00e9e a \u00e9t\u00e9 introduit au Maroc pour la premi\u00e8re fois en 2005. Et ce n\u2019est pas un hasard si les deux premiers <strong>groupe<\/strong>s ultras furent les casablancais\u00a0: les Green Boys qui soutiennent le Raja et les Winners qui encouragent le Wydad. Dans la foul\u00e9e, le groupe Black Army des Forces Arm\u00e9es Royales (Ass FAR) de Rabat leur a emboit\u00e9 le pas puis a revendiqu\u00e9 son statut de pr\u00e9curseur et de porte-drapeau de cette culture. Cela nous donne d\u00e9j\u00e0 l\u2019id\u00e9e de l\u2019ambiance \u00e9lectrique qui r\u00e8gne entre les trois clubs et leurs supporters. La <strong>rivalit\u00e9<\/strong> entre les clubs de la m\u00e9tropole et celui de<\/p>\n<p dir=\"ltr\">la capitale perdure depuis des ann\u00e9es. D\u00e9j\u00e0, la naissance de ce ph\u00e9nom\u00e8ne annon\u00e7ait la couleur de ce qui allait \u00eatre une <strong>repr\u00e9sentation<\/strong> locale et r\u00e9gionale et un nouveau mode d\u2019expression d\u2019une large frange de la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019engouement de milliers de supporters \u00e0 diff\u00e9rents degr\u00e9s d\u2019implication a attir\u00e9 l\u2019attention des observateurs. La richesse des symboles et les nouvelles valeurs v\u00e9hicul\u00e9es, \u00e9tiquet\u00e9es comme d\u00e9viantes, par les supporters ont incit\u00e9 \u00e0 des analyses, superficielles pour la plupart, de r\u00e9flexions entre approbateurs et improbateurs. Les critiques ont \u00e9t\u00e9 nombreuses, d\u2019autant plus que le ph\u00e9nom\u00e8ne du supporterisme pr\u00e9sente son lot de <strong>violences<\/strong> et provoque des dommages collat\u00e9raux autour de lui. D\u2019ailleurs, c\u2019est cette partie la plus visible qui est la plus m\u00e9diatis\u00e9e et qui est souvent r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00e0 l\u2019opinion publique. Les supporters ont mauvaise presse, tant pour leurs sc\u00e8nes d\u2019euphorie d\u00e9mesur\u00e9e que pour les actes de violence constat\u00e9s provoquant commentaires et d\u00e9bats p\u00e9riodiques. Et bien que les pouvoirs publics ne semblent pas ignorer ce qui se passe dans et aux abords des stades en termes de d\u00e9bordements occasionnels, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 en amont de solutions \u00e0 ce r\u00e9el probl\u00e8me de violence.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>Arr\u00eat sur image<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">Sur la pelouse, deux \u00e9quipes s&#8217;affrontent. Des joueurs courent derri\u00e8re un ballon rond. En rouge, les wydadis, et en vert, les rajawis. Un arbitre, habill\u00e9 diff\u00e9remment accompagne les mouvements, les gestes, les actions des joueurs et la circulation du ballon d&#8217;un joueur \u00e0 l\u2019autre. Il sanctionne, juge, siffle les fautes et les buts. Un jeu qui parait au fond insignifiant et sans int\u00e9r\u00eat\u2026Et pourtant, ces parties de jongles, de passes courtes ou longues,\u00a0 de une deux, de tacles attirent l&#8217;attention de milliers de spectateurs. Nous sommes loin d\u2019imaginer \u00e0 quel point repr\u00e9sente pour eux un match de foot. \u00ab <em>(\u2026) c\u2019est que le match fait \u00e9prouver, en un raccourci de 90 minutes, toute la gamme des \u00e9motions que l\u2019on peut ressentir dans le temps long et distendu d&#8217;une vie\u00a0: la joie, la souffrance, la haine, l\u2019angoisse, l\u2019admiration, le sentiment d\u2019injustice..\u00a0<\/em>\u00bb (Bromberger). Ce qui est marquant d\u2019apr\u00e8s Christian Bromberger et Ludovic Lestrelin,\u00a0 c&#8217;est le passage d&#8217;un ressenti \u00e0 un autre selon le d\u00e9roulement de la partie.\u00a0Les spectateurs admirent les gestes techniques des joueurs, et r\u00e9agissent \u00e0 chaque but marqu\u00e9 ou encaiss\u00e9.\u00a0 Le public crie injustice et maudit le destin avec les buts encaiss\u00e9s\u00a0; en revanche, il festoie et jubile quand son \u00e9quipe inscrit des buts. Les spectateurs clament haut et fort \u00ab\u00a0l&#8217;arbitre nous a vol\u00e9 un but l\u00e9gitime\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0eux, ils sont favoris\u00e9s par lui\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l\u2019arbitre a siffl\u00e9 un penalty contre nous\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0nous sommes plus forts qu\u2019eux\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0nous avons marqu\u00e9\u00a0\u00bb. En ces termes les spectateurs distinguent le \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0eux\u00a0\u00bb. On peut parfaitement dire que les spectateurs sont en osmose avec les joueurs sur la pelouse. Il s&#8217;agit de deux entit\u00e9s soud\u00e9es, deux factions en harmonie qui s&#8217;opposent.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Parmi ces spectateurs, il y a toujours un ou plusieurs groupes qui se distinguent des autres. Des passionn\u00e9s qui encouragent leur \u00e9quipe d&#8217;une mani\u00e8re particuli\u00e8re. Ils portent des maillots et des \u00e9charpes de la m\u00eame couleur que celle de leur l\u2019\u00e9quipe. Chants rythm\u00e9s, slogans m\u00e9lodiques et expressifs, banderoles, tels sont les outils de ces passionn\u00e9s pour s\u2019exprimer.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Christian Bromberger ainsi que d&#8217;autres auteurs ont affirm\u00e9 que ces\u00a0 spectateurs faisaient partie des plus assidus. Ils s&#8217;adonnent \u00e0 une mise en sc\u00e8ne symbolique digne d&#8217;une pi\u00e8ce th\u00e9\u00e2trale. Etant donn\u00e9 que la rencontre du derby oppose deux \u00e9quipes antagonistes, nous nous retrouvons face \u00e0 deux groupes de supporters qui s&#8217;y identifient et qui s&#8217;affrontent \u00e0 leur tour.\u00a0 On d\u00e9valorise les adversaires et on encourage les siens, c\u2019est que signifie\u00a0 le derby entre les deux voisins \u00ab\u00a0rajawis\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0wydadis\u00a0\u00bb. La rivalit\u00e9, plus exacerb\u00e9e, atteint son paroxysme. Et c\u2019est souvent le cas dans tous les derbies \u00e0 travers le monde.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong>\u00ab\u00a0Nous\u00a0\u00bb contre les \u00ab\u00a0autres\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">Ces groupes de supporters sont plus au moins organis\u00e9s. Certains parmi eux forment ce qui est commun\u00e9ment nomm\u00e9 dans ce jeu par le mot \u00abultras\u00bb. On est en face de deux identit\u00e9s rivales. Etre \u00ab\u00a0rajawi\u00a0\u00bb veut dire d\u00e9tester le \u00ab\u00a0wydadi\u00a0\u00bb, en paraphrasant Pierre Vidal-Naquet souvent, l\u2019identit\u00e9 se construit autour de la n\u00e9gation. Un \u00abNous\u00bb et un les \u00abautres\u00bb qui s\u2019opposent dans une configuration guerri\u00e8re et tribale. Une authentique trag\u00e9die grecque form\u00e9e par des actions r\u00e9ciproques oppos\u00e9es des acteurs. Le stade devient un champ de bataille identitaire entre les \u00ab\u00a0rajawis\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0wydadis\u00a0\u00bb. Un \u00ab\u00a0drame exemplaire\u00a0\u00bb, selon l\u2019expression ch\u00e8re \u00e0 Bromberger. Le spectacle sportif\u00a0 offre aux supporters l\u2019opportunit\u00e9 de s\u2019exprimer. Ils ont cette soif et cette <em>rage de para\u00eetre<\/em>, pr\u00e9cise Ehrenberg. Ils d\u00e9placent le p\u00f4le de visibilit\u00e9 de la pelouse vers les tribunes. Ils font leur propre spectacle. \u00ab\u00a0<em>Mais pourquoi chercher \u00e0 \u00eatre spectaculaire\u00a0<\/em>?\u00a0\u00bb, telle est la question pos\u00e9e par Ehrenberg. Des groupes cherchent \u00e0 se montrer comme les plus d\u00e9vou\u00e9s, les plus loyaux, dans une comp\u00e9tition o\u00f9 ils peuvent aller tr\u00e8s loin pour d\u00e9montrer leur amour au club, tant \u00e0 eux-m\u00eames qu&#8217;aux autres. Les actes de violence produits par les supporters ont fait l\u2019objet d\u2019une surabondance de litt\u00e9rature en Grande Bretagne notamment o\u00f9 le ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9tait plus r\u00e9current, le rapport de Lord Harrington, John Clarck , Norbert Elias, Peter Marsh\u00a0 et Richard Giulianotti ; ailleurs en Europe, Amalia Signorelli, Bromberger sur le derby turinois et Sebastien Louis en Italie, Philipe Broussard , Jean Charles Basson, Dominique Bodin et Lestrelin entre autres, en France qui se sont int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne. La structure m\u00eame du jeu, selon Jacques Defrance, est propice \u00e0 l\u2019expression d\u2019antagonismes collectifs (guerre ritualis\u00e9e, m\u00e9taphores militaires)\u00a0; il y a la recherche de gestes spectaculaires, visant \u00e0 \u00eatre vus, le r\u00f4le particulier des Ultras (Defrance).\u00a0 Les supporters ne sont pas que des spectateurs ordinaires mais des partisans d\u2019une cause. Ils sont par ailleurs motiv\u00e9s par une qu\u00eate d\u2019\u00e9motions, comme le d\u00e9crient Norbert Elias et Eric Dunning \u00ab\u00a0<em>The Quest of Exitement\u00a0<\/em>\u00bb dans \u00ab\u00a0<em>Sport and Leisure in the Civilizing Process<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Abderrahim Bourkia,\u00a0 Aspects de la violence urbaine. 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