{"id":3805,"date":"2021-06-06T22:29:43","date_gmt":"2021-06-06T21:29:43","guid":{"rendered":"http:\/\/ribatalkoutoub.com\/?p=3805"},"modified":"2021-06-06T22:34:54","modified_gmt":"2021-06-06T21:34:54","slug":"tisser-les-enonces-et-les-usages-du-politique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/?p=3805","title":{"rendered":"Tisser les \u00e9nonc\u00e9s et les usages du politique"},"content":{"rendered":"<p dir=\"ltr\">B\u00e9atrice Hibou, Mohamed Tozy. <em>Tisser le temps politique au Maroc. Imaginaire de l&#8217;Etat \u00e0 l&#8217;\u00e2ge n\u00e9olib\u00e9ral<\/em>.\u00a0Paris, \u00e9d. Karthala, 2020, 660 p.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">\n<p dir=\"ltr\"><em>\u00a0<\/em><a href=\"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Milaffat_0621-04.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3789 alignleft\" src=\"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Milaffat_0621-04.jpg\" alt=\"\" width=\"358\" height=\"376\" srcset=\"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Milaffat_0621-04.jpg 358w, https:\/\/ribatalkoutoub.com\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Milaffat_0621-04-286x300.jpg 286w\" sizes=\"auto, (max-width: 358px) 100vw, 358px\" \/><\/a>Quand il m\u2019a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 de participer \u00e0 cette rencontre, je me suis s\u00e9rieusement demand\u00e9 comment aborder une livre aussi imposant et par certains \u00e9gards intimidant. Et la seule voie que j\u2019ai pu esquisser est celle d\u2019un lecteur, attentif au tressage \u00e0 l\u2019oeuvre dans ce texte. En plus de la posture possible que cela offre de se faire traducteur, dans le sens de celui qui r\u00e9interpr\u00e8te le texte, par sa r\u00e9ception, le lecteur est aussi celui qui, en lisant <em>s\u2019enfouit sous le texte comme une taupe<\/em><a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\">[i]<\/a> , pour en r\u00e9v\u00e9ler les reliefs. Dans un texte aussi stratifi\u00e9 que celui qui nous est ici propos\u00e9 \u00e0 la lecture, il importe d\u2019\u00eatre attentif \u00e0 ce qui s\u2019en d\u00e9tache et y sert de m\u00e9ta-texte.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">D\u00e9j\u00e0, au seuil du livre, saute aux yeux les noms des co-auteurs, B\u00e9atrice Hibou et Mohamed Tozy, ayant d\u00e9j\u00e0 sign\u00e9 \u00e0 deux, depuis presque trois d\u00e9cennies, plusieurs articles, dans l\u2019entrelacs des sciences politiques, de l\u2019\u00e9conomie politique et de l\u2019anthropologie. Cela augure d\u2019embl\u00e9e d\u2019une d\u00e9marche interdisciplinaire, tress\u00e9e, \u00e9loign\u00e9e des d\u00e9marches normatives et institutionnalistes qui pr\u00e9dominent dans ces champs respectifs. Puis \u00e0 la lecture du titre compos\u00e9, appara\u00eet au premier plan, l\u2019acte de <em>Tisser le temps politique au Maroc<\/em>, puis au second plan, la volont\u00e9 d\u2019exposer au lecteur, comme issu de ce m\u00e9tier \u00e0 tisser, une mise en lien et\/ou en tension, appel\u00e9e <em>Imaginaire de l\u2019Etat \u00e0 l\u2019\u00e2ge n\u00e9olib\u00e9ral. <\/em><\/p>\n<p dir=\"ltr\"><em>\u00a0<\/em>Ainsi, le lecteur est d\u2019embl\u00e9e invit\u00e9 \u00e0 une \u00e9criture \u00e0 deux, ou peut-\u00eatre une \u00e9criture entre deux, si ce n\u2019est un double niveau d\u2019\u00e9criture. Mais pourquoi\u00a0? Qu\u2019est-ce qui a n\u00e9cessit\u00e9 que ce texte dense et probablement incontournable pour comprendre le politique au Maroc et au-del\u00e0, mais aussi le politique \u00e0 partir du Maroc, soit n\u00e9cessairement tress\u00e9 de la sorte\u00a0? Qu&#8217;est-ce qui dans le dispositif discursif propos\u00e9 \u00e0 travers ce livre permet d&#8217;appr\u00e9hender autrement l&#8217;Etat au Maroc et d\u00e9passer les concept-\u00e9crans de Makhzen ou bien les cat\u00e9gories binaires (tradition et modernit\u00e9) qui les sous-tendent ? Et qu&#8217;est-ce qui autorise, par un effet de retournement de balancier, de partir de l\u00e0, comme d&#8217;un universel d\u00e9centr\u00e9 ?<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong><em>Ecrire \u00e0 deux \/ \u00e9crire entre deux \/ deux \u00e9critures<\/em><\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">Pour rendre compte, au-del\u00e0 de l\u2019acte de co-\u00e9crire, de cette exp\u00e9rience duale, dialogique, men\u00e9e sur la dur\u00e9e, Hibou et Tozy d\u00e9cident d&#8217;embl\u00e9e de partager ce que l\u2019\u00e9criture \u00e0 deux permet ou autorise, qui va au-del\u00e0 d\u2019une simple interaction. La co-\u00e9criture \u00e9crivent-ils, \u00ab\u00a0invente un style nouveau, n\u00e9 de deux mani\u00e8res de s\u2019exprimer diff\u00e9rentes, pour ne pas dire oppos\u00e9es\u00a0: une tendance \u00e0 l\u2019explication et \u00e0 l\u2019usage du style direct qui tient l\u2019ellipse en suspicion (chez Hibou), et une tendance aux sous-entendus et aux non-dits qui voit dans le frontal un manque de savoir-vivre\u00a0(chez Tozy) \u00bb<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\">[ii]<\/a>. Sur le fond, par la conjugaison de ces deux postures, le livre se situe d\u2019embl\u00e9e dans une patine ph\u00e9nom\u00e9nologique qui r\u00e9v\u00e8le un ph\u00e9nom\u00e8ne latent rest\u00e9 jusque-l\u00e0 innomm\u00e9. Sur la forme, cela rappelle ce que le psychanalyste et activiste F\u00e9lix Guattari disait \u00e0 propos de ce qui le reliait \u00e0 son co-auteur, le philosophe Gilles Deleuze. \u00ab\u00a0Il y avait entre nous une v\u00e9ritable politique dissensuelle, non pas un culte mais une culture de l&#8217;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, qui nous fait \u00e0 chacun reconna\u00eetre et accepter la singularit\u00e9 de l&#8217;autre\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\">[iii]<\/a>.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Hibou et Tozy ne sont pas \u00e9loign\u00e9s de cet \u00e9thos-l\u00e0, qui renforce la complicit\u00e9, cette amiti\u00e9 qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec l\u2019intimit\u00e9, et que le po\u00e8te romantique allemand Heinrich Von Kleist explique par \u00ab\u00a0l&#8217;existence d&#8217;un fonds commun implicite, inexplicable, qui nous fait rire des m\u00eames choses, ou nous soucier des m\u00eames choses, \u00eatre \u00e9c\u0153ur\u00e9 ou enthousiasm\u00e9 par des choses analogues. Il fait que nous n&#8217;avons jamais rien \u00e0 objecter l&#8217;un contre l&#8217;autre, mais chacun doit imposer \u00e0 l&#8217;autre des d\u00e9tours, des bifurcations, des raccourcis, des pr\u00e9cipitations et des catatonies \u00bb<a href=\"#_edn4\" name=\"_ednref4\">[iv]<\/a>. Je cite abondamment le po\u00e8te Kleist, pour dire aussi que cette \u00e9criture \u00e0 deux est aussi celle qui se situe entre la preuve et la formule, entre l\u2019\u00e9prouv\u00e9 et le sensible, et qui fonde comme ils disent un style nouveau.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Cela passe, chez eux, par deux modes d\u2019\u00e9criture qui s\u2019entrelacent, autant amorc\u00e9e par l\u2019intuition qu\u2019attach\u00e9 \u00e0 la syst\u00e9matisation, aussi bien anim\u00e9 par l\u2019imagination qu\u2019accroch\u00e9 \u00e0 la raison, et \u00e0 travers elle, \u00e0 ce que Max Weber appelle une sociologie de la compr\u00e9hension. L\u2019Etat et le politique par extension n\u2019est plus abord\u00e9 par le haut, par les lois et les normes, mais aussi par les relations, les r\u00e9sonnances, les habitudes qui s\u2019installent. D\u2019o\u00f9 leur approche dite <em>non institutionnaliste des institutions<\/em>. Celle-ci produit, comme par la rencontre de deux logos, un discours de d\u00e9doublement sur le mode, <em>ceci n\u2019est pas que cela<\/em>, ou bien du trompe l\u2019\u0153il, \u00e0 partir du motif, <em>ceci n\u2019est pas une pipe<\/em>. Ainsi, comme dans un jeu platonicien, qui ne dit pas son nom, ce livre cens\u00e9 nous r\u00e9v\u00e9ler aussi bien le r\u00e9el que l\u2019imaginaire du politique au Maroc (non comme une sp\u00e9cificit\u00e9 mais comme un terrain potentiellement universalisable), les deux auteurs s\u2019ing\u00e9nient \u00e0 nous faire d\u00e9couvrir une s\u00e9rie de faux-semblants, par un jeu permanent de montr\u00e9-cach\u00e9 qui nous tient en haleine. Derri\u00e8re, se profile une volont\u00e9 de d\u00e9signer la totale signification, celle qui ne laisserait rien au hasard et qui ne se limiterait pas \u00e0 regarder l\u2019ordre apparent des choses.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Ils tiennent d\u2019embl\u00e9e \u00e0 nous pr\u00e9venir,\u00a0 ce ne sont l\u00e0 ni des ruses de l\u2019\u00e9criture, ni des reconstitutions fallacieuses, et encore moins des chim\u00e8res scientifiques. Hibou et Tozy pr\u00e9cisent ne pas aborder le terrain litt\u00e9ralement comme un lieu d\u2019excavation et d\u2019extraction qu\u2019ils viendraient ult\u00e9rieurement interpr\u00e9ter ou comme une s\u00e9rie d\u2019illustrations de th\u00e9ories qu\u2019ils auraient ant\u00e9rieurement \u00e9chafaud\u00e9s. Pour eux, le terrain est immanent, polys\u00e9mique et multimodal, le lieu m\u00eame de leurs questionnements, un site tout \u00e0 la fois empirique et cognitif. Aussi, ce qu\u2019ils traitent comme r\u00e9cits, textes, anecdotes historiques ou contemporaines, sont, selon eux, \u00ab\u00a0des instantan\u00e9s dont notre lecture vient dire tout \u00e0 la fois la singularit\u00e9 et la signification sociale et politique\u00a0\u00bb, ou bien encore \u00ab\u00a0des \u00e9nonc\u00e9s qui sont r\u00e9v\u00e9lateurs d\u2019id\u00e9es et de dynamiques par lesquelles certains discours ou langages se naturalisent\u00a0\u00bb. Ainsi, le terrain, chez eux, est en soi une configuration construite non une r\u00e9alit\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Par leur dialogue construit avec les \u00e9nonc\u00e9s, ils rejoignent ainsi Michel Foucault, qui explique d\u2019entr\u00e9e de jeu dans <em>L\u2019arch\u00e9ologie du savoir<\/em>, en partant des unit\u00e9s du discours, comment il aborde l\u2019histoire \u00e0 partir des \u00e9nonciations, en se d\u00e9marquant du souci permanent des historiens de r\u00e9v\u00e9ler les discontinuit\u00e9s et les ruptures. Ils insistent dessus, \u00e0 leur tour. Ce qui compte pour eux n\u2019est pas l\u2019obsession des discontinuit\u00e9s et des r\u00e9formes, ni m\u00eame la mythologie du changement, m\u00eame s\u2019ils restent attentifs aux transformations qui s\u2019op\u00e8rent. A la place, leur livre s\u2019attelle essentiellement \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler des continuit\u00e9s profondes, des adaptations insoup\u00e7onn\u00e9es qui, comme ils l\u2019expliquent, se naturalisent, se banalisent et se diffusent, dans un basculement permanent entre l\u2019imaginaire imp\u00e9rial et la doxa n\u00e9olib\u00e9rale, non dans une continuit\u00e9 historique, mais dans une cohabitation renouvel\u00e9e. Ce qui donne \u00e0 voir une pluralit\u00e9 de r\u00e9alit\u00e9s et de discours, ayant trait aux deux id\u00e9altypes qu\u2019ils mettent en avant, de l\u2019Etat-nation et de l\u2019empire, qui se superposent, coexistent, se font de l\u2019ombre ou se mutualisent mais que les approches habituelles ignorent ou ont du mal \u00e0 capturer.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Ce livre donc, n\u2019est pas seulement le produit d\u2019une \u00e9criture \u00e0 deux mais probablement aussi celui d\u2019une \u00e9criture sur les \u00e9critures, en mille feuilles, comme un palimpseste, qui r\u00e9-agence diff\u00e9rents registres discursifs, ayant trait aux archives \u00e9pistolaires, aux r\u00e9cits historiques, aux ethnographies, \u00e0 la description dense de r\u00e9alit\u00e9s observ\u00e9s, de configurations institutionnelles, de lectures de rapports officiels, de coulisses invisibles \u00e0 tous. Ce qui donne lieu \u00e0 une \u00e9criture hybride, entre-deux, par certains c\u00f4t\u00e9s intuitive et surprenante, et par d\u2019autres aspects structur\u00e9e et syst\u00e9mique.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">J\u2019ai pris le temps de regarder d\u2019un plus pr\u00e8s, les chemins que cette \u00e9criture-l\u00e0 emprunte et qui servent le propos central du livre, \u00e0 savoir que l\u2019Etat est un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe, qui ne se r\u00e9duit pas \u00e0 ses institutions apparentes mais s\u2019appr\u00e9hende \u00e0 partir d\u2019un tissu de relations, interactions, n\u00e9gociations et surtout un faisceau de sens. Derri\u00e8re le patchwork propos\u00e9, je propose d\u2019\u00e9voquer deux chemins discursifs qui charpentent le texte. Je veux parler de raisonnement d\u00e9monstratif et de m\u00e9taphorisation.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong><em>Un raisonnement d\u00e9monstratif<\/em><\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong>En rentrant dans la lecture du livre, saute aux yeux une volont\u00e9 de d\u00e9passer certaines id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues et surtout d\u2019exposer, par le truchement de moments symboliques d\u00e9terminants, quelques impens\u00e9s. J\u2019aimerais m\u2019arr\u00eater sur deux stations, qui justifient la logique d\u00e9monstrative, qui se d\u00e9ploie soit par la d\u00e9composition des concepts, le syllogisme ou l\u2019analogie. La premi\u00e8re station, expos\u00e9e par les auteurs, est l\u2019acte manqu\u00e9 de 1974, au moment de pr\u00e9sentation de l\u2019avis consultatif \u00e0 la Haye pour d\u00e9fendre la souverainet\u00e9 sur le Sahara. \u00ab\u00a0Le Maroc n\u2019a pas su profiter de la br\u00e8che ouverte par le droit international et valid\u00e9e par la doctrine de la CIJ, qui pr\u00e9voit la possibilit\u00e9 d\u2019associer une \u00ab\u00a0structure propre\u00a0\u2026 il aurait fallu, \u00e9crivent-ils, construire une th\u00e9orie de l\u2019Etat en dehors de la conception h\u00e9g\u00e9monique de l\u2019Etat-nation\u00a0\u00bb. Cette faille, d\u00e9j\u00e0 identifi\u00e9e par Mohamed Tozy dans des textes pr\u00e9c\u00e9dents, pointe le juridisme des constitutionnalistes et la capacit\u00e9 limit\u00e9e d\u2019ouverture sur l\u2019histoire et l\u2019anthropologie. Ce que ce livre s\u2019emploie largement \u00e0 combler, d\u00e9montrant ainsi la validit\u00e9 d\u2019une conception alternative \u00e0 celle h\u00e9g\u00e9monique de l\u2019Etat-nation.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Mais pourquoi d\u00e9crire ce tressage des temporalit\u00e9s et ces r\u00e9inventions de la tradition\u00a0? A quoi cet effort d\u00e9monstratif sert-il\u00a0? Ne nous m\u00e9prenons pas sur les desseins des auteurs. Ils ne cherchent pas \u00e0 rectifier <em>a posteriori<\/em> une faille d\u2019expertise qui date de presque cinq d\u00e9cennies, mais \u00e0 prendre appui, entre autres sur cette br\u00e8che, pour reconstruire, par un travail de montage au profit des espaces de savoirs, une autre th\u00e9orie de l\u2019Etat. Celle-ci s\u2019appuie sur une relecture du temps long, \u00e0 partir de travaux d\u2019historiens marocains souvent mis hors des radars.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Cela justifie qu\u2019ils prennent appui sur les marges de la litt\u00e9rature. Ils se r\u00e9f\u00e8rent autant \u00e0 la relecture de la notion de l\u2019Etat \u00e0 partir d\u2019un texte de Max Weber tardivement d\u00e9couvert, sur la logique relationnelle, organique de l\u2019Etat, qu\u2019\u00e0 une confession d\u2019Abdellah Laroui, revisitant plus de trois d\u00e9cennies plus tard ses assertions initiales sur le r\u00f4le du Protectorat dans la construction de l\u2019Etat-nation et sur les origines du nationalisme marocain. Leur but en \u00e9cho \u00e0 l\u2019acte manqu\u00e9 de 1974 est de d\u00e9montrer par une s\u00e9rie de d\u00e9compositions et d\u2019analogies, que l\u2019Etat ne se limite pas \u00e0 un mode d\u2019administration et de gouvernement particulier par le haut. Qu\u2019il implique aussi un rapport diff\u00e9renci\u00e9 avec les territoires (rappelant tout l\u2019imaginaire autour de <em>blad siba<\/em> et les lettres de <em>bey\u2018a<\/em>) et la mobilit\u00e9 comme mode de gouvernement (rappelant la notion de <em>harka<\/em> et de <em>hdiya<\/em>), non comme des reliques conceptuelles mais comme des notions qui se r\u00e9inventent, se transforment et prennent des formes r\u00e9adapt\u00e9es en permanence.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">L\u2019importance que rev\u00eat dans l\u2019effort de d\u00e9monstration, le rappel des plis du raisonnement,\u00a0am\u00e8ne les auteurs r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler les paradoxes qui \u00e9mergent de la cohabitation et superposition de logiques de pouvoirs en m\u00eame temps relationnelles et institutionnelles, en m\u00eame temps h\u00e9rit\u00e9es, import\u00e9es et refa\u00e7onn\u00e9es. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance de la deuxi\u00e8me station qu&#8217;ils situent \u00e0 partir de 2011, o\u00f9 cohabitent la gestion des dissidences, le renforcement de l\u2019Etat comme somme d\u2019institutions dans le texte constitutionnel, et concomitamment la naturalisation in progress de la cooptation, du n\u00e9olib\u00e9ralisme et de la bey\u2018a, qui viennent consolider ce tissage incessant du temps politique au Maroc. Ainsi, face \u00e0 la mont\u00e9e de la contestation, la d\u00e9monstration des auteurs en vient par syllogisme rationnel nous rappeler que si le Roi est reconnu par tous comme <em>le<\/em> responsable, et s\u2019il l\u2019est d\u2019abord devant Dieu et l\u2019histoire, et que la repr\u00e9sentation est en crise et la confiance dans les interm\u00e9diaires faible, cela explique avant tout un moment de perplexit\u00e9 politique.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Mais que faire de ces d\u00e9monstrations savamment construites\u00a0? Faudra-t-il s\u2019arr\u00eater devant la magnificence de l\u2019\u00e9difice\u00a0? \u00a0Les deux auteurs en d\u00e9duisent que le changement ne peut pas venir d\u2019un fait de pouvoir mais de la densification des m\u00e9diations et des logiques d\u00e9mocratiques. Ils rappellent, au passage, furtivement, dans la conclusion, quelques signes d\u2019essoufflement des logiques sous-jacentes \u00e0 cet Etat bas\u00e9 sur la personnification des relations, la ma\u00eetrise des donn\u00e9es d\u00e9mographiques ou sur le contr\u00f4le \u00e0 distance des territoires. Aussi cela les am\u00e8ne \u00e0 pr\u00e9ciser que ces voies du changement qu\u2019ils d\u00e9signent comme permanentes, et non le fait de r\u00e9formes ponctuelles, d\u00e9pendent avant tout de mutations profondes des relations sociales. Face \u00e0 quoi, nous restons tiraill\u00e9s entre l\u2019admiration intellectuelle d\u2019une construction de sens sophistiqu\u00e9e, et la d\u00e9sillusion politique face \u00e0 ce dispositif imposant, dont la naturalisation est en cours, et qui s\u2019av\u00e8re \u00e0 certains \u00e9gards clos, ind\u00e9passable.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong><em>M\u00e9taphorisation<\/em><\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">J&#8217;aimerais d&#8217;abord rappeler \u00e0 quel point le concept w\u00e9b\u00e9rien revisit\u00e9 par les auteurs, de l&#8217;id\u00e9altype, vu comme un construit intellectuel qui aide \u00e0 saisir le complexe artefact derri\u00e8re les structures apparentes de l&#8217;Etat \u00e9tudi\u00e9, peut tr\u00e8s bien \u00eatre apparent\u00e9 \u00e0 la notion de m\u00e9taphore fondamentale en litt\u00e9rature, comme trope permettant de saisir une v\u00e9rit\u00e9 insaisissable par la simple repr\u00e9sentation des faits relat\u00e9s.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Le choix des m\u00e9taphores dans l\u2019\u00e9criture des sciences sociales n\u2019est pas anodin. Il ancre clairement la pratique analytique dans le terreau de la langue et se distancie des logiques positivistes qui ne croient qu\u2019aux objets formels ou aux exp\u00e9riences objectiv\u00e9es. Comme le pr\u00e9cise le sociologue et anthropologue, doubl\u00e9 d\u2019\u00e9crivain, Giovanni Busino, \u00ab\u00a0cela permet parfois, apr\u00e8s une \u00e9puration sommaire de certains contenus intuitifs, d\u2019\u00e9tudier les processus sociaux et de construire des repr\u00e9sentations plausibles du monde social\u00a0\u00bb. Ainsi, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019exercice rationnel de d\u00e9monstration, et en sus des analogies qu\u2019il comporte, le texte de Hibou et Tozy repose sur des m\u00e9taphores parlantes et d\u00e9terminantes dans la construction d\u2019un sens, non donn\u00e9 \u00e0 priori, mais patiemment construit.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">La premi\u00e8re m\u00e9taphore est celle du tissu. Il importe d\u2019ailleurs de rappeler que tisser est un acte \u00e0 double d\u00e9tente. Que le m\u00e9tier \u00e0 tisser serait un assemblage de pi\u00e8ces de bois destin\u00e9 \u00e0 produire une \u00e9toffe (lourde) par entrelacs. Comme dans l\u2019exercice de tressage de fils de soie, \u00e0 deux, dit <em>l\u2019berchman<\/em>, que Mohamed Tozy a bien observ\u00e9 depuis son enfance \u00e0 Derb Soltan, le principe consiste \u00e0 tendre la mati\u00e8re pour la rendre ins\u00e9cable. D\u2019o\u00f9 l\u2019effort, tout au long du texte, de renforcer les fils, de revenir dessus, de rappeler par plusieurs d\u00e9tours les logiques ench\u00e2ss\u00e9es de l\u2019Etat, de r\u00e9duire les mailles de l\u2019incertitude susceptible de s\u2019installer dans la t\u00eate du lecteur.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Mais les diff\u00e9rentes logiques \u00e0 l\u2019oeuvre sont-elles uniquement tiss\u00e9es\u00a0? Ne sont-elles pas parfois\u00a0cousues, sutur\u00e9es, car non organiquement reli\u00e9es mais n\u00e9cessairement remembr\u00e9es, pour ne pas en voir les blessures originelles\u00a0? Je pensais \u00e0 cette notion-m\u00e9taphore de \u00ab\u00a0suture\u00a0\u00bb, telle que d\u00e9velopp\u00e9e par la th\u00e9oricienne des \u00e9tudes subalternes, Gayatari Spivak, qui y recourait pour appr\u00e9hender l\u2019effort chirurgical par lequel les logiques modernes, en lien avec la notion des droits humains, sont rafistol\u00e9es avec celles arbitraires issues des temps coloniaux et pr\u00e9modernes dans son Inde natale. Aussi, entre le tissu qui tend \u00e0 effacer les coutures, la suture qui les laisse visibles et la logique de remembrement qu\u2019\u00e9voque Ngugui Wa Thiongo dans <em>La d\u00e9colonisation des imaginaires<\/em>, se pose la question de la cohabitation plus ou moins pacifi\u00e9e des modernit\u00e9s plurielles \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans un Etat postcolonial, comme celui du Maroc et au-del\u00e0.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">La deuxi\u00e8me m\u00e9taphore utilis\u00e9e pour le coup dans ce livre comme un concept est celle de l\u2019imaginaire. Ainsi, en s\u2019inspirant de Jean-Pierre Grossein, les deux auteurs affirment que \u00ab\u00a0l\u2019imaginaire est ce concept englobant qui nous permet de restituer la trame de sens dans son \u00e9paisseur sociale et historique, dans la mesure o\u00f9 l\u2019action individuelle est situ\u00e9e d\u2019embl\u00e9e dans un monde historique toujours d\u00e9j\u00e0 structur\u00e9 par des ordres\u00a0\u00bb. Ils le d\u00e9signent aussi comme une grammaire, une langue, et ainsi donc, sans qu\u2019ils le disent, en font le fondement d\u2019un ordre symbolique. Ainsi, par le truchement de ce concept repris et \u00e9largi, ils installent un nouvel alphabet d\u2019interpr\u00e9tation du politique. Mais est-ce la seule interpr\u00e9tation possible\u00a0? Qu\u2019est-ce qui donne \u00e0 la leur une \u00e9ventuelle pr\u00e9\u00e9minence\u00a0? D\u2019abord, les id\u00e9aux-types de l\u2019Etat et de l\u2019empire\u00a0et ensuite le va-et-vient permanent qu\u2019ils op\u00e8rent entre les \u00e9nonc\u00e9s, les usages par des acteurs ordinaires et les interactions qui refondent le sens. Du coup, se pose la question cruciale, o\u00f9 se situe le r\u00e9el\u00a0? Pris dans le sens lacanien, de ce qui est irr\u00e9ductible, le r\u00e9el (de la violence, de la soumission \u2026) n\u2019est pas r\u00e9v\u00e9l\u00e9 en soi mais tress\u00e9 avec l\u2019imaginaire en permanence.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Et ce qui permet de donner du relief \u00e0 ce tressage est la troisi\u00e8me m\u00e9taphore de la performance. Par l\u2019observation du d\u00e9corum, de la mise en sc\u00e8ne du pouvoir, des c\u00e9r\u00e9monies, des interactions sc\u00e9naris\u00e9es, ils prolongent, \u00e0 juste titre, la notion de th\u00e9\u00e2tralisation des interactions sociales, telle que con\u00e7ue par Erving Goffmann, parti du principe que <em>la vie sociale n\u2019est qu\u2019une sc\u00e8ne<\/em>. Pour lui, chaque expression, geste, regard fait en pr\u00e9sence des autres est un acte ritualis\u00e9 qu\u2019il convient de relier \u00e0 la personne et \u00e0 un cadre social o\u00f9 il \u00e9volue. Mais la performance nous dit-elle la r\u00e9alit\u00e9 des choses ou leur apparence\u00a0? Les <em>performance studies<\/em> nous apprennent depuis quelques ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0 que dans chaque culture, depuis la nuit des temps, par ses rituels, dans l\u2019usage de son corps et sa gestuelle en public, et pas seulement sur sc\u00e8ne, l\u2019homme n\u2019a jamais cess\u00e9 de se recr\u00e9er, de changer, de devenir ce qu\u2019il n\u2019est pas. D\u2019\u00eatre un <em>homo performans<\/em>.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Or, comme le montrent si bien les deux auteurs, l\u2019Etat a tr\u00e8s bien compris, dans cette \u00e8re de digitalisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, la n\u00e9cessit\u00e9 de continuer de performer. Je voudrais \u00e9voquer un acte ult\u00e9rieur \u00e0 la publication du livre mais qui peut tr\u00e8s bien \u00eatre lu \u00e0 l\u2019aune du dispositif qui y est d\u00e9velopp\u00e9. Je veux parler de la r\u00e9ception en d\u00e9cembre 2020 de la d\u00e9l\u00e9gation isra\u00e9lo-am\u00e9ricaine par le roi Mohammed VI, dans une salle d\u00e9cor\u00e9e en arri\u00e8re-plan par l\u2019arbre g\u00e9n\u00e9alogique de la dynastie alaouite remontant au proph\u00e8te des musulmans, pour signer des conventions \u00e0 teneur hautement g\u00e9opolitique. Cette sc\u00e8ne est en soi un instantan\u00e9, un reflet parfait du tressage propos\u00e9 sur la dur\u00e9e par le livre, comme mode de red\u00e9ploiement de l\u2019Etat \u00e0 partir de son imaginaire, son mode de gouvernement et de production de sens.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><strong><em>Questionnements ouverts<\/em><\/strong><\/p>\n<p dir=\"ltr\">Pour conclure, j\u2019aimerais insister sur le fait que ce livre constitue, \u00e0 coup s\u00fbr, un moment majeur dans l\u2019histoire de la production intellectuelle sur le \/ \u00e0 partir du politique au Maroc et dans la r\u00e9gion. Il ouvre de vraies possibilit\u00e9s de d\u00e9passement de sch\u00e9mas manich\u00e9ens, binaires dominants. J\u2019aimerais toutefois soulever quelques questions purement conceptuelles qui pourraient, je l\u2019esp\u00e8re, enrichir sa r\u00e9ception qui ne fait que commencer et qui ira <em>crescendo<\/em>.<\/p>\n<p dir=\"ltr\">Aussi, je me demande d\u2019abord si les auteurs, tout en optant pour des formes narratives et imag\u00e9es, n\u2019ont pas adopt\u00e9, par certains \u00e9gards, une d\u00e9marche structuraliste englobante. Certes, le livre comporte un gros effort d\u2019historicisation, mais le lecteur y est petit \u00e0 petit convi\u00e9 \u00e0 un univers plus ou moins clos par la bouture de plusieurs interpr\u00e9tations possibles. Chemin faisant, le livre nous r\u00e9v\u00e8le que le r\u00e9el et l\u2019imaginaire politique au Maroc sont fragment\u00e9s, mais le choix des auteurs des deux id\u00e9altypes comme r\u00e9f\u00e9rents structurants vise \u00e0 en rendre compte comme un syst\u00e8me enchev\u00eatr\u00e9, non comme une s\u00e9rie de manifestations sans lien.\u00a0 Or, je me demande si cette approche englobante, ce texte-syst\u00e8me ne masque pas trop les possibilit\u00e9s \u00e9mergentes de r\u00e9silience, de bifurcation, de pas de c\u00f4t\u00e9, par lesquels les possibilit\u00e9s de changement demeurent envisageables, sans \u00eatre garanties.<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\"><\/a>1 Expression de l&#8217;\u00e9crivain Fran\u00e7ais Louis Calaferte (1928 &#8211; 1994), Voir Alexie Lorca, 1998, \u00ab\u00a0Calaferte posthume\u00a0\u00bb,<\/p>\n<p dir=\"ltr\">\u00a0<a href=\"https:\/\/www.lexpress.fr\/culture\/livre\/le-sang-violet-de-l-amethyste_802199.html\">https:\/\/www.lexpress.fr\/culture\/livre\/le-sang-violet-de-l-amethyste_802199.html<\/a><\/p>\n<p dir=\"ltr\"><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\"><\/a>2 B\u00e9atrice Hibou et Mohamed Tozy, <em>Tisser le temps politique au Maroc. Imaginaire de l&#8217;Etat \u00e0 l&#8217;\u00e2ge n\u00e9olib\u00e9ral ; <\/em>Ed. Karthala, 2020 (p.37)<\/p>\n<p dir=\"ltr\"><a href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\"><\/a>3 <a href=\"https:\/\/www.liberation.fr\/cahier-special\/1998\/03\/19\/nous-deux_233068\/\">https:\/\/www.liberation.fr\/cahier-special\/1998\/03\/19\/nous-deux_233068\/<\/a><\/p>\n<p dir=\"ltr\"><a href=\"#_ednref4\" name=\"_edn4\"><\/a>4 Ibid.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>B\u00e9atrice Hibou, Mohamed Tozy. Tisser le temps politique au Maroc. Imaginaire de l&#8217;Etat \u00e0 l&#8217;\u00e2ge n\u00e9olib\u00e9ral.\u00a0Paris, \u00e9d. Karthala, 2020, 660 p. \u00a0Quand il m\u2019a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 de participer \u00e0 cette rencontre, je me suis s\u00e9rieusement demand\u00e9 comment aborder une livre aussi imposant et par certains \u00e9gards intimidant. Et la seule voie que j\u2019ai pu esquisser &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":3789,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[253],"tags":[865,866,867,868,869],"class_list":["post-3805","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","","category-253","tag-co-ecriture","tag-metaphore","tag-demonstration","tag-tissu","tag-spectacle"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3805","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3805"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3805\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3789"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3805"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3805"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ribatalkoutoub.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3805"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}