Mohamed Nedali, L’Ecole marocaine. Diagnostic d’un ex-enseignant, La Croisée des Chemins, Casablanca, 2025.
L’Ecole marocaine. Diagnostic d’un ex-enseignant de Mohamed Nedali paraît dan une magnifique couverture : au seuil d’une salle de classe ouverte, on voit de dos un jeune élève mettre un pied devant l’autre presque dehors sans se retourner.
Il semble que Mohamed Nedali a estimé qu’il fallait frapper un grand coup espérant faire bouger les choses, étant animé selon toute apparence par la volonté d’apporter sa pierre à l’édifice. C’est pour être cette fois-ci, non plus dans le rôle du romancier -il a publié plusieurs romans-, mais de témoin de trois décennies d’expérience professionnelle, nourrie de statistiques, de résultats d’enquêtes et d’histoires vécues au sein de notre système éducatif.
De là ce livre où l’ex-enseignant n’a rien laissé au hasard pour traiter de questions souvent évitées parce que politiquement incorrectes. Il accuse tour à tour et sans détour les politiques responsables des fractures de l’école, les directeurs administratifs qu’il propose de remplacer par des directeurs pédagogiques, choisis démocratiquement dans l’établissement par le personnel enseignant et le personnel administratif « pour une période limitée à deux années, renouvelable seulement si son bilan pédagogique est jugé satisfaisant » (p. 78). Le censeur un métier difficile à ne rien faire ! de telle façon que les enseignants ont lancé l’expression « Peinard comme le censeur » (p. 79). Un poste à supprimer par conséquent. Le corps enseignant divisé en trois quantités occupe le plus gros des chapitres. Les deux premières ne sont pas gâtées. Une directement pointée du doigt, est accusée de faire fonction de prédicateur en classe ; les cancres parmi les confrères ayant cessé d’apprendre se laissent aller à la paresse. Ce qui dégrade la profession. Quand les enseignants se détournent de l’effort d’apprendre, il y a un problème grave. Grave pour l’école et l’avenir de nos enfants. Une tendance incompréhensible et inacceptable à la fois aux yeux de l’écrivain enseignant, car enseigner, c’est ne jamais cesser d’apprendre et constamment s’interroger sur la fonction formatrice. Il adresse en revanche un geste d’estime aux enseignants travailleurs et honnêtes, peu nombreux, hélas ! Observateur attentif et solidaire, il prend la défense des jeunes enseignants en début de carrière contre des inspecteurs qui distribuent à tour de bras des remarques pleines de moquerie et devant les élèves. La colère éclaterait sur le visage de vos inspecteurs, s’ils vous lisaient ! Il appelle en contrepartie les inspecteurs compétents à faire le pari de l’intelligence auprès du monde enseignant. C’est la seule approche pédagogique qui soit productive, note l’auteur de Grâce à Jean de la Fontaine (2004).
En termes plus clairs : orienter l’enseignant sur les compétences à faire saisir par l’apprenant, l’accompagner à travailler la maîtrise de l’outil d’apprentissage, lui apprendre à aller au-delà des imprudences pour progresser dans la profession éducative, mettre à sa disposition différentes méthodes et techniques qu’il peut adapter à ses élèves et éviter qu’il se démotive. Une puissante épigraphe citée dit l’esprit de cette relation équilibrée de l’inspecteur à l’enseignant : « les personnes vraiment fortes ne mettent pas les autres à terre ; elles les relèvent » (p. 83). C’est ce qui s’appelle l’humilité, une vertu fondamentale que l’action pédagogique exige de tous les acteurs du système d’enseignement. L’humilité, c’est croire que l’on peut contribuer à construire, même dans un milieu peu favorable. Tenir bon, c’est aussi comprendre que le transfert des connaissances ne suffit pas pour former (Abderrahim Harouchi, La Pédagogie des compétences, 2000, p. 23).
De ce livre-bilan une leçon importante à tirer est que les solutions aux problèmes d’un pays -qui repoussent en permanence même dans les meilleurs systèmes- se construisent à l’école. Mohamed Nedali, pour sa part, a mis les mains dans le cambouis avec une langue limpide et une précision sobre. Mustapha Kebir Ammi aurait dit : « c’est un écrivain qui garde intact l’espoir […], ne veut écrire que là où ça peut faire mal […]. C’est donc d’abord et avant tout un écrivain » (« Ecrivain maghrébin, dites-vous ? », Expressions maghrébines, Vol. 1, No. 1, 2002, p. 93-95).
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